Date: 17.12.2018  Heure: 01:19 GMT


Ajouté le : 19.02.2018 12:25

Mauritanie : Human Rights Wach recommande la révision des lois " liberticides " (Interview)

ALAKHBAR (Nouakchott) - Le Directeur adjoint de Human Rights Wach pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, recommande aux autorités mauritaniennes de revoir les lois liberticides.  

 

C’est à dire regarder, étudier les phrases trop vagues et les supprimer ou reformuler afin de restreindre la définition de l’infraction...

 

Une autre recommandation. C’est donner la reconnaissance légale aux associations non violentes qui ont fait les démarches.».

 

Eric Goldstein est interviewé par l’hebdomadaire Alakhbar-Info.

 

ALAKHBAR_ Vous avez visité la Mauritanie en mars 2017. Vous y êtes de retour. Vous avez donc un aperçu clair sur la situation des Droits de l’homme dans le pays. Comment vous évaluez cette situation ?

 

Eric Goldstein: Il s’agit de la troisième visite de Human Rights Watch depuis 2017. La Mauritanie est un pays que nous n’avons pas couvert depuis un quart de siècle.  Nous sommes une organisation qui couvre environ 90 pays à travers le monde. Mais nous n’avons pas de ressources nous permettant de tout faire. Donc, nous avons choisi des sujets ponctuels. Dernièrement nous avons décidé de nous pencher sur la Mauritanie en touchant à certains sujets et pas à tous. Le focus de notre travail - depuis un an - c’est un travail sur l’Etat de lieu des associations et sur les dénonciateurs de violations des Droits de l’Homme. C’est à dire des militants des Droits de l’Homme et des Associations de Défense des Droits de l’Homme en Mauritanie. Est-ce qu’ils sont libres de faire leur travail de critiquer le Gouvernement ou d’organiser des manifestations, des ateliers, etc.

 

ALAKHBAR_ Pouvez-vous nous préciser ces associations et dénonciateurs de violations des Droits humains en Mauritanie ?

 

Eric Goldstein: D’abord, c’est important d’avoir une idée large de ce que veut dire « Défenseurs des Droits de l’Homme ». Nous ne sommes pas d’accord de les définition des gouvernements. Par exemple, en Mauritanie il y a des associations qui sont autorisées. Il y a d’autres que le Gouvernement refuse de reconnaître. Pour nous, tous les deux peuvent être des défenseurs des Droits de l’Homme, y compris, les individus qui - par leur écrits et leur discours - sont aussi des militants des Droits de l’Homme. Nous les défendons tous.

 

ALAKHBAR_ Pouvez-vous nous citer le nom de ces associations et individus ?

 

Eric Goldstein: Bien sûre. Le Gouvernement affirme qu’il y a des milliers d’associations indépendantes, reconnues en Mauritanie ; et que c’est la preuve c’est qu’en Mauritanie, la liberté d’association est garantie. Pour nous, l’enjeu se trouve dans les associations qui touchent à des sujets sensibles.

 

ALAKHBAR_ Sensibles ? Que voulez-vous dire exactement ?

 

Eric Goldstein: Comme par exemple Touche Pas à Ma Nationalité (TPMN), l’IRA et les associations de défense des victimes des évènements du Passif humanitaire qui n’ont pas de reconnaissance légale. Elles n’ont pas de récépissé. Notre conclusion est qu’il y a un mouvement des Droits de l’Homme en Mauritanie ; mais les associations les plus visées en termes de répression ce sont celles qui travaillent dans les domaines les plus sensibles.

 

ALAKHBAR_ Et le nom des dénonciateurs de violations des Droits de l’homme ?

 

Eric Goldstein: Le colonel à la retraite, Omar Ould Beibakar. Il est gêné par le fait que ses camarades d’origine négro-mauritanienne ont était exécutés en 1990 par vingtaines. En 2015, il a fait un discours public dans lequel il a dénoncé - dans des termes assez passionnés - le fait que ces exécutions ont eu lieu et qu’il fallait juger les responsables. Pour nous, il s’agit de quelqu’un qui dénonce les abus.  Du coup, il a été arrêté. Après sont intervention, il a passé une semaine en détention. Et il est toujours sous instructions. Son passeport est confisqué. Il ne peut pas quitter le pays. Mais son dossier n’est ni classé ni déféré devant la Justice. C’est une façon de punir l’homme pour ses propos et aussi d’intimider d’autres Mauritaniens qui pensent aussi faire des sorties pour dénoncer de telles exactions. Des fois ont vise quelqu’un pour dissuader d’autres.

 

ALAKHBAR_ Vous avez cité des associations et d’individus qui défendent les Droits humains. Est ce que c’est par exprès que vous avez omis une organisation comme IRA et son chef Biram Dah Abdeid ?

 

Eric Goldstein: Nous citons le cas de IRA. Nous savons parfaitement que c’est une organisation controversée. Nous reconnaissons que le président de cette association à aussi un volet politique dans sa démarche. Mais cela ne devrait pas être un prétexte pour supprimer cette association ou pour dire qu’elle n’est pas une vraie association. Nous avons suivi le procès des évènements de Gazarat Bouamatou. Le procès était inéquitable. Nous demandons toujours la libération des deux membres de cette association qui purgent leur peine à Bir Moghren.

Il y a un autre procès de Biram Dah Abeid que nous avons suivi : les évènements de Rosso en 2014. Encore une fois un procès inéquitable pour punir l’IRA ainsi qu’à l’époque le président de Kawtal, une autre association qui est d’ailleurs reconnue. C’est une façon de réprimer les activistes qui posent des problèmes les plus sensibles dans ce pays.

 

ALAKHBAR_ H.R.W se contente de constater et de condamner des violations des Droits humains. Sinon, disposez-vous d’autres mesures ?

 

Eric Goldstein: Il y a plusieurs façons d’agir pour Human Right Watch. C’est plutôt par le biais de la recherche sur le terrain. Et nous publions des rapports et des communiqués équilibrés et crédibles pour mobiliser une pression pour que ceux qui violent les Droits de l’Homme arrêtent de le faire qu’ils soient un gouvernement ou un mouvement extrémiste.  – Je ne parle pas maintenant de la Mauritanie mais dans d’autres pays - pour qu’il mettent fin à des violations que ce soit en Libye ou ailleurs. Ici, ce n’est pas uniquement de dénoncer mais nous essayons aussi d’établir le dialogue avec les autorités. Dans le rapport que nous publions vous trouverez des lettres que nous avons envoyées aux autorités et leur réponse. Il y a aussi le fait que nous avons - à deux reprises - rencontré à l’époque le ministre de la Justice Daddah et l’actuel ministre de l’Intérieur Ould Abdallah pour leur faire part de nos préoccupations, de solliciter leur réponse et afin d’intégrer leur réponse dans nos rapports. Oui à la fin nous balançons au public nos conclusions nos critiques et nos recommandations. Mais il y a tout un processus de dialogue qui précède et qui fait partie des outils qui sont à notre disposition.

 

ALAKHBAR_ Vous accusez le gouvernement mauritanien de ne pas reconnaître juridiquement des associations de défense des Droits de l’Homme, d’interpeller des activistes lors de manifestations pacifiques et de les mettre en prison sans procès équitables. Ne pensez-vous pas que cela renforce la thèse de ce gouvernement qui accuse H.R.W d’être partisane et d’ignorer sa version des faits.

 

Eric Goldstein: Il y a « Chaair (poète) » de la communauté harratine qui s’appelle Abdellahi Salem Ould Yali. Nous avons fait un communiqué hier sur son affaire. Il est détenu depuis deux semaines à cause de ses déclarations sur les medias sociaux comme quoi les Harratines devraient se lever résister à la discrimination etc. Mais nous sommes conscients que la liberté d’expression ne veut pas dire le droit de dire n’importe quoi. Il y a des limites. Les gouvernements ont le droit et la responsabilité de réprimer l’incitation à la violence et à la haine raciale. Et dans son affaire nous n’avons pas seulement demandé sa libération mais nous avons dit : Soit vous libérer cet homme soit vous présenter des preuves que ce qu’il a dit dépasse les limites. Mais le problème en Mauritanie - que nous critiquons dans le rapport - c’est que vous avez ici beaucoup de lois ou des choses sont pénalisées, mais les définitions sont très vagues et très large qui donnent au Parquet une marge trop large pour réprimer ce qui est une critique non violente du gouvernement et de sa politique. Par exemple, Monsieur est accusé selon le Code contre le terrorisme. C’est une aberration que cette loi puisse s’appliquer à un tel cas. Il y a aussi des phrases problématiques dans le Code de l’association. La nouvelle loi qui vient d’être adoptée contre la discrimination. Bien sûr c’est bien que le gouvernement agisse pour réprimer la discrimination. Nous ne sommes pas en désaccord avec cela. Mais il faut des définitions claires et très restreintes pour ne pas piétiner les libertés.

 

ALAKHBAR_ Il y a eu un communiqué de H.R.W émis au mois d’octobre 2017 disant que les autorités mauritaniennes n’ont pas fourni les informations nécessaires et relatives à l’arrestation du Sénateur Mohamed Ould Ghadda. Est ce que cela a changé. Quelle lecture faite vous de l’affaire O. Ghadda ?

 

Eric Goldstein: D’abord, nous remercions le Gouvernement de nous avoir permis de rendre visite à Ould Ghadda en prison. Nous apprécions cela et nous en sommes reconnaissants. Comme dans le cas de Yaali il est reproché d’actes qui peuvent être criminalisés dans n’importe quel pays : la corruption. Donc, nous avons pris un peu la même démarche. Nous avons demandé soit on le libère soit on passe en Justice et on lui donne un procès équitable. Il y a des accusations qui peuvent avoir une base. Mais le fait qu’il soit en prison depuis le mois d’aout sans que l’instruction ne soit close comme on prend une décision que les journalistes du Calam, les sénatrices et sénateurs sont toujours sous contrôle judicaires après maintenant six (6) mois nous donne l’impression qu’il y a une manipulation politique dans l’affaire.

 

ALAKHBAR_ Donc à part cette visite, l’Etat mauritanien ne vous a pas donné d’information.

 

Eric Goldstein: On nous a autorisé une visite.  Mais la raison c’est le secret de l’instruction. Encore la Justice est - selon eux - indépendante quand ils ne veulent pas s’immiscer dans l’affaire. Mais ne serait ce que Ould Ghadda se trouve toujours en prison et que l’instruction traine dans le temps ; cela pose des questions.

 

ALAKHBAR_ Au mois de décembre dernier, les députés mauritaniens avaient rejeté l’amendement de l’article 306 du Code pénal relatif au blasphème. Selon vous, cet amendement a été dicté par le Gouvernement. Quelle information dont vous disposées sur cette question ? Est ce que l’Etat a été coopérant avec vous sur ce dossier ?

 

Eric Goldstein: Il faut comprendre d’abord que ce n’est qu’un projet de loi pour le moment. Nous espérons qu’il ne soit jamais adopté. Il s’agit d’un durcissement d’une loi qui ne devrait jamais exister à savoir une loi qui pénalise l’expression en terme d’apostasie et qui punit avec la peine de mort. C’est clair que nous sommes contre. Nous sommes pour la libération immédiate de Ould Mkheitir que nous considérons comme quelqu’un puni parce qu’il a dénoncé la discrimination qui selon lui existe à l’encontre des forgerons en Mauritanie. C’est son droit. S’il a utilisé des termes religieux pour avancer ses arguments, qu’on le respecte et qu’on ne le condamne pas. Mais utiliser cet article très sévère et une façon d’intimider d’autres personnes qui osent critiquer l’existence d’un système de caste dans ce pays. Mais le durcissement de cette loi 306 nous inquiète beaucoup. Et je voudrais saisir l’opportunité pour éclaircir que notre travail c’est plutôt sur les associations qui prennent position sur l’esclavage-discrimination.  Mais ce n’est pas un rapport dans lequel nous prononçons sur l’existence ou sur l’étendu voire l’envergure de phénomènes dans ce pays. Donc il ne faut pas faire l’amalgame. Ce n’est pas un rapport sur les forgerons ou la discrimination des castes ici. Mais c’est sur les gens ici qui soulèvent ces questions.  

 

ALAKHBAR_ Vous avez publié plusieurs communiqués et articles sur l’Affaire Ould Mkheitir. Vous avez demandé au gouvernement mauritanien d’annuler l’inculpation. Mais depuis novembre dernier, personne ne sait où est il détenu. Est ce que vous l’avez rencontré ? Pouvez vous nous préciser son lieu de détention ?

 

Eric Goldstein: Non. Nous ne pouvons rien préciser parce que personne à notre connaissance ne connaît le lieu. Nous avons appris indirectement qu’il est dans une détention autre que la prison de Nouakchott c’est à dire qu’il est protégé entre guillemets dans une villa. Mais rien n’est confirmé. Le problème c’est qu’il a carrément disparu depuis la décision de la Cour suprême au mois de novembre. Sa famille selon ce que nous comprenons ignore son lieu de détention. Et le Gouvernement ne se prononce pas. Il ne dit pas publiquement : « Oui nous avons pris des mesures de protection à son égard, il est avec nous mais dans un lieu protégé ». Ils ne le disent pas ; c’est une supposition. Mais s’ils veulent se conformer au standards et normes internationaux, ils doivent élucider son lieu de détention et son statut juridique, parce que sa peine a été réduite à deux (2) ans. Il a purgé quarte (4) ans maintenant. Pourquoi il n’est pas libéré ? Est ce qu’il y a une raison ? Quelle est la raison ? Rien. Le Gouvernement n’a pas répondu. Nous considérons qu’il s’agit d’une disparition en quelque sorte.

 

 

ALAKHBAR_ Ould M’kheitir est en détention secrète ?

 

Eric Goldstein: Oui. Parait-il. Nous ne savons pas où il est. Depuis, il a été à la prison de Nouadhibou jusqu’au mois de novembre (2017). Après c’est la disparition. Donc il s’emblerait qu’il est en détention secrète. Il incombe au Gouvernement de donner des preuves du contraire. Jusqu’à preuve du contraire nous considérons qu’il est en détention secrète

 

ALAKHBAR_ H.R.W dit qu’en Mauritanie la question ethnique et le fait de l’aborder constituent une ligne rouge. Pouvez-vous expliquer ces lignes rouges en termes des Droits de l’Homme ?

 

Eric Goldstein: Nous disons qu’il s’agit d’un sujet sensible. Il suffit de regarder dans la Constitution des atteintes à l’unité nationale, etc. cela veut dire que soulever ces questions justifiait la reconnaissance d’une association. Nous avons par exemple discuté la question de cette association qui s’appelle TPMN. Lors position c’est que le processus d’enrôlement est discriminatoire. Cela à un impact négatif sur les Noirs en Mauritanie. Nous n’avons pas une position parce que nous n’avons pas mené une étude approfondie sur le processus d’enrôlement. Mais c’est leur position et c’est leur droit absolu d’exprimer cette position. Pour le Gouvernement, il était très clair qu’une association qui prends cette position est contre l’unité nationale et elle ne sera jamais reconnue. C’était le propos. Il suffit de regarder la réponse dans le rapport que nous avons reçu. Ils ne cachent pas cette position. Donc c’est clair que soulever les question ethniques, discrimination sera vite mise en question et réprimé en utilisant des phrases très vagues qui se trouvent à la fois dans la Constitution, dans le Code pénal et dans d’autres codes de lois mauritaniens.

 

ALAKHBAR_ Le gouvernement mauritanien a autorisé des dizaines d’associations de défense des Droits de l’Homme. Il a accepté de recevoir chez-lui des organisations évoluant dans ce domaine comme H.RW. Vous ne risquez pas de décourager ce gouvernement qui fait des efforts quand vous dites que la marge qu’il accorde au défenseurs des Droits de l’Homme est étroite.

 

Eric Goldstein: Notre rapport est équilibré. Nous signalons les points positifs aussi. D’abord nous reconnaissons que même les associations qui ne sont pas reconnues s’activent sur le terrain en quelque sorte. L’exemple de l’IRA est là.  Touche pas à Ma Nationalité est là. Le fait qu’elles ne sont pas reconnues et qu’elles soient visées fragilise leur travail. Par exemple une association qui n’est pas reconnue ne peut pas recevoir de l’argent européenne. L’Union Européenne ne finance pas les projets d’associations non reconnues, alors qu’elle finance beaucoup en Mauritanie. Ces associations n’ont pas aussi le droit de louer une salle dans un hôtel pour un atelier ou une conférence de presse. Donc, nous reconnaissons que ces associations existent et que nous ne sommes pas en Corée du Nord. Il y a des associations actives même sans reconnaissance légale. Cela est une chose. La deuxième chose, c’est que le Gouvernement nous a laissés entrés dans le pays sans obstacles.  Jusqu’à présent nous faisons notre travail correctement. Ils nous reçoivent gentiment en nous laissant visiter la prison. Ce sont des points positifs. Mais nous regrettons que notre demande de louer une salle pour la conférence de demain n’a pas été autorisée. Nous regrettons cela. Mais le travail sur le terrain n’a pas été entravé. Nous savons que des associations étrangères internationales viennent ici et travaillent. C’est bien. Malgré le fait qu’il y a quelques interdictions. Il y a des associations qui ont été interdites d’entrer dans le pays, depuis l’aéroport. A titre d’exemple, au mois de septembre 2017 une délégation de 12 militants américains anti-esclavagistes venus de l’Institut abolitionniste de Chicago, et du mouvement Arc-en-ciel du pasteur Jesse Jackson et dont certains sont de principaux responsables de la communauté noire des Etats-Unis n’a pas pu entrer dans le pays. Il y a d’autres exemples. Donc, ce n’est pas à 100 pour 100 tolérée. Mais il y avait un point positif.

 

ALAKHBAR_ En tant qu’ONG observatrice de la situation des droits humains en Mauritanie, pouvez-vous nous dire – de façons globale - quels sont les obstacles dans ce domaine ?

 

Eric Goldstein: Nous ne le cachons pas. Nous n’avons pas couvert la Mauritanie depuis longtemps. Ce n’est pas à moi de faire l’était de l’évolution des choses. Mais les interlocuteurs ici nous affirment qu’Il y a une dégradation dernièrement.  Nous sommes inquiets par des événements qui ont eu lieu, tels que les veuves (des évènements de 1989-91 NDRD) qui ont brandi des banderoles devant le cortège du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, le 28 novembre passé à Kaédi. Elles ont été vite arrêtées et mises en détention pendant presqu’une semaine sans procès sans rien. Ce sont des évènements qui visent des activistes qui cherchent à dissuader d’autres en faisant peur à tout le monde. Nous regrettons de telles choses. Nous regrettons le fait que cette association d’activistes américains n’a pas pu entrer en Mauritanie. Mais nous espérons que le Gouvernement - comme nous l’avons dit –, qui nous a acceptés et facilité les tâches, fera le bilan. Accepter les critiques est un bon point. Cela peut aider à améliorer des choses en écoutant et en continuant le dialogue avec les mêmes les associations mauritaniennes qui sont critiques.

 

ALAKHBAR_ H.R.W a décrit l’inculpation de Ould Mkeitir de ridicule tout en demandant son annulation. Est ce que vous ne prenez pas à la légère une affaire qualifiée d’offense au Prophète Mohamed et une décision de justice ?

 

Eric Goldstein: Vouloir supprimer les lois qui pénalisent l’apostasie, le blasphème et autres ne veut aucunement dire que nous n’avons pas de respect à l’islam ou aux autres religions. Dans notre approche, nous sommes aussi contre les lois qui - en Europe - pénalisent le négationnisme. C’est à dire les poursuites à l’encontre de ceux qui disent que l’Holocauste n’a pas eu lieu. Même si c’est une question très doucereuse, surtout pour les Juifs pour les Romes et autres. Nous sommes pour la liberté d’expression, sachant qu’offenser le Prophète Mohammed ici est une affaire douloureuse pour les musulmans, pour les croyants. Mais le problème, entre autres, c’est que de telles lois sont souvent instrumentalisées pour d’autres motifs. Nous avons lu l’article qu’a écrit Ould Mkheitir. A notre appréciation – nous ne sommes pas des juristes des fagih de la jurisprudence islamique-  nous avons eu le sentiment que l’objectif était de critiquer un phénomène social actuel, en utilisant les références religieuses ; mais ni d’insulter le Prophète ni de critiquer l’Islam. Donc, cela a été utilisé pour dissuader toute la procédure de défense de Ould Mkheitir. C’est quelqu’un qui a utilisé les références religieuses mais pas pour insulter la religion. En plus, il s’est repenti après. Mais son repenti n’a pas été pris en considération. Nous sommes contre des lois qui pénalisent l’insulte aux religions ou au peuple ; parce que ces lois – pas uniquement ici, mais même dans d’autres pays- sont instrumentalisées pour supprimer les critiques légitimes ou bien indiscutables, sociales ou politiques.

 

ALAKHBAR_ En agissant ainsi, ne risquez-vous pas d’anticiper la décision judiciaire ?

 

Eric Goldstein: Nous sommes toujours en faveur d’une justice indépendante. Cela ne nous empêche pas de donner notre avis sur les engagements en matière des Droits de l’Homme qui doivent être respectés. Un des points positifs du gouvernement mauritanien c’est qu’il a signé les traités internationaux, y compris des traités du système africain de défenses des Droits de l’Homme et établi des rapports selon les traités internationaux, etc.  Le pays s’est engagé à respecter les normes internationales. Nous sommes là pour donner une interprétation des normes internationaux que le Gouvernement - selon sa propre volonté - s’engage à respecter.

 

ALAKHBAR_ Vous avez cité Holocauste. Est ce que H.R.W émietterait un communiqué contre des négationnistes vis-à-vis de cette question ?

 

Eric Goldstein: Nous l’avons fait. Souvent nous sommes critiqués en disant : « Vous êtes pour Ould Mkheitir. Mais ceux qui sont poursuivis pour négationnisme vous ne leur dites rien. Vous ne dites rien sur Guantanamo (la prison américaine au Cuba Ndlr) ; parce que vous êtes une organisation américaine ». Nous ne sommes pas américaine ; nous sommes internationale. « Vous ne dites riens pour les Palestiniens ou les Irakiens, victimes de bombardements américains ». Nous répondons par dire : « Tout ce que nous avons fait vous le trouverez sur le site (de H.R.W Ndrd). Vous avez parfaitement le droit d’avoir un regard sur ce que nous faisons. » Du genre « Vous n’avez pas fait assez. Vous avez fait ceci et cela incorrectement ». Mais ne dites pas des bêtises : ne dites pas que nous nous ne bougeons pas en faveur de la Palestine, des Rohinga, des Tchéchènes, etc.  Nous avons fait un travail énorme sur ces sujets-là. Nous vous invitons à consulter notre site et à nous faire un feedback.

 

ALAKHBAR_ Quels sont les points essentiels à retenir sur le rapport ?

 

Eric Goldstein: Nous aimerions bien terminer avec les recommandations du rapport, adressées aux autorités mauritaniennes. Il faut d’abord revoir les lois liberticides. C’est à dire regarder, étudier les phrases trop vagues et les supprimer ou reformuler afin de restreindre la définition de l’infraction ; pour que cela ne soit utilisé que sur des cas d’incitation clairs à la violence. Et pas justes des critiques passionnées du système et des élus etc. Il faut tout revoir. Nous en trouvons des exemples dans la loi contre le terrorisme, la loi contre la discrimination, la loi sur les associations, le Code pénal. Il faut revoir et refaire ces lois. Une autre recommandation. C’est donner la reconnaissance légale aux associations non violentes qui ont fait les démarches. Il faut reconnaître l’IRA, TPMN et ceux qui ont fait les démarches et faciliter leurs démarches. Dans le projet de loi sur les associations, les exigences deviennent de plus en plus difficiles. Il faudra des facilités pour que les associations puissent fonctionner dans la légalité. Nous recommandons également la libération de Ould Mkheitir et de mettre fin aux poursuites contre le colonel Beibakar.

 

ALAKHBAR_ Vous n’êtes pas intéressé par le cas du sénateur Mohamed Ould Ghadda ?

 

Eric Goldstein: Le sénateur ne figure pas sur ce rapport. C’est un cas à part. Mais nous pouvons parler du sénateur en disant : « Si vous avez des preuves convaincantes, passez à un procès équitable. Ou bien, classez l’affaire, libérez-le et exonérez-le ». Pas uniquement lui, mais aussi tous ceux qui sont sous contrôle judiciaire dans cette affaire.

 

Nous voudrions aussi signaler - si les gens sont intéressés aux sources de financements de H.R.W -  que nous sommes une organisation qui ne reçoit pas d’argent des Etats. Tous nos financements viennent de bailleurs de fonds, de fondations, de particuliers pour qu’il n’ait pas de conflit d’intérêt. Ces financements proviennent de beaucoup de sources : des milliers de bailleurs de fonds qui nous permettent une liberté d’expression et qui ne nous fixent pas de conditions du genre : « Vous allez soutenir ce président. Vous allez critiquer celui- là… ».  Donc nous avons une liberté qui nous permet - j’espère -  de faire tout notre travail de manière équilibrée.

 

ALAKHBAR_ Mais vous recevez aussi de l’argent de Mohamed Ould Bouamatou.

 

Eric Goldstein: Oui c’est bien de le souligner.

 

ALAKHBAR_ Pourtant Bouamatou est un opposant au régime mauritanien. Il est même sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par ce même régime.

 

Eric Goldstein: Nous avons publié son don sur notre site, lors du communiqué que nous avons fait sur l’emprisonnement de Ould Ghadda, en précisant - noir sur blanc - qu’il fait partie de nos donateurs. Il est un parmi des milliers.

 

ALAKHBAR_ Il y a donc un conflit d’intérêt. Ould Bouamatou - qui vous donne son argent -  est contre le régime mauritanien que H.R.W critique dans le domaine des Droits de l’Homme.

 

Eric Goldstein: Il est un parmi des milliers de donateurs. Il soutient notre travail en Afrique et au Moyen-Orient. Il ne nous dicte pas de conditions. Il est n’est pas un soutien spécifique pour un pays. C’est plutôt un travail pour deux régions. Et cela ne lui donne pas un droit particulier sur nos choix de mots ou de sujets abordés. C’est à nous de décider cela. C’est la même chose pour tous les autres bailleurs de fonds. Oui, il y a des gens avec des intérêts particuliers ; mais le fait qu’ils soient très nombreux, aucun d’eux ne peut dicter la démarche, la ligne ou les sujets abordés.

 

ALAKHBAR_ Vous voulez dire qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt ?

 

Eric Goldstein: A notre avis, il n’y pas de conflit d’intérêt.




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