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Date: 04.12.2022  Heure: 16:16 GMT


Ajouté le : 10.09.2022 12:15

Nouvel engagement ? Révolution ?

Mon ami Moud ne tient pas en place  ces derniers jours. Il se prépare dit -il partout, à aller cultiver son champ. Son champ ? Un périmètre oublié depuis deux générations et que ce bon retraité semble vouloir faire revivre.  Beaucoup de ses proches ne comprennent pas cette frénésie. Mais Moud s’inscrit dans un nouvel élan, né ces deux dernières années, un nouvel enthousiasme pour l’agriculture telle que la pratiquaient nos pères – ou presque-, celle qui fait vivre, qui récompense, qui fait aimer la vie, qui fait gouter aux fruits du véritable labeur. « Ils distribuent des engrais, ils assurent le transport, qu’est-ce que vous voulez de plus ? » dit-il.  Moud retrouve son âme de paysan.

 

Il est vrai que la Mauritanie a trop longtemps oublié sa vieille paysannerie, elle a laissé de côté ces centaines milliers de personnes qui l’ont fait si longtemps vivre pour ne s’intéresser plus qu’à l’agriculture irriguée, des centaines de milliards ont été dépensés pour enrichir quelques-uns et imposer la dictature du riz-roi. Nos paysans, délaissés, n’avaient plus qu’à végéter dans la misère, à s’agglutiner en ville dans des habitats insalubres ou s’agripper s’ils ont de la chance, à de petits boulots indignes. 

 

On en parle pas beaucoup, mais l’un des grands axes de la politique menée depuis l’arrivée au pouvoir du Président Mohamed ould Ghazouani,  fut d’abord ce parti-pris en faveur de l’agriculture sous pluie  qui est la pourvoyeuse essentielle de revenus pour des milliers de familles pauvres, qui seule peut faire espérer une indépendance alimentaire et qui participe de notre culture et de nos traditions . Pour la première fois, l’Etat s’engage dans une vraie campagne d’appui à nos cultivateurs et à notre agriculture traditionnelle. Il ne cesse d’encourager les cultures sous pluie, et les dernières préoccupations du gouvernement semblent être d’étudier tous moyens pour que les populations profitent au mieux des généreuses pluviométries enregistrées cette année.

 

En réalité cet engagement est la résultante d’un choix humaniste et politique parfaitement lisible dans le programme politique du candidat Ghazouanui : faire évoluer le pays par le bas, apporter le bien être d’abord aux pauvres gens, assurer l’essentiel à la grande masse des mauritaniens, écouter vraiment le peuple, enfin. Nos discoureurs politiques dépourvus d’imagination (et d’humour) ou habitués au langage de bois aiment appeler cela « rapprocher le sommet de la base ». Ce terme est tellement rabâché qu’il devient suspect aux yeux de nos concitoyens. Je préfère pour ma part  parler, de changement profond ou  de révolution . Qu’importe le terme !

 

C’est dans cette optique qu’a été créé Taazour,  portant des programmes sociaux  des plus ambitieux, écoles, centres de santé, voies de communication, un pactole de prés de 200 milliards d’ouguiyas destinés à créer les conditions pour que se réveillent de leur long sommeil les populations oubliées.

 

C’est ce regard vers les plus démunis qui explique l’élargissement de l’assurance maladie à des centaines de milliers d’indigents, et c’est cette ardeur à soutenir les plus faibles qu’exprime l’octroi d’aide sociale à des milliers de famille et la création de milliers de petits emplois.

 

Il ne s’agit pas ici de charité, il s’agit de solidarité, et d’aider les masses les plus démunies, à se relever, à devenir actrices de leur propre développement, à revenir au centre des politiques publiques.

 

Cette politique exige un niveau d’investissement dans l’avenir qui peut paraitre couteux, surtout dans un contexte de marasme économique mondial et de pandémie de COVID . Elle exige aussi un assainissement conséquent de la gestion publique. La lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics devient donc une nécessité première. Un organisme renforcé a été mis en place qui déjà enquête dans tous les secteurs, avec des résultats probants  Et ici je voudrais mettre le doigt sur cette forme de corruption courante, la petite corruption comme on l’appelle ,, celle des simples agents , des fonctionnaires situés tout au bas de l’ échelle ; elle est la plus pernicieuse, car elle touche directement le menu peuple et elle irradie dans toute la société.

 

L’école évidemment ne saurait que profiter de cet engagement, parce qu’elle est la meilleure garantie d’ascension sociale. Elle est devenue ces dernières décennies un havre de division sociale. Aux plus pauvres, une école publique déconsidérée, aux autres des écoles privées qui entretiennent un sentiment d’élévation, une différence de classe voire de caste. Le programme électoral du candidat Ghazouani prévoyait une école primaire publique, unique, pour tous les mauritaniens. La prochaine rentrée des classes verra des enfants de toute catégorie sociale, de toute ethnie, s’asseoir ensemble sur les mêmes bancs.

 

Tout ce que j’évoque là n’est pas exhaustif, bien sûr. Cette nouvelle vision imprègne peu ou prou tous les domaines d’intervention de l’Etat.

 

Evidemment, cette orientation politique ne plait pas à tout le monde. Tous ceux qui profitaient allégrement des commandes inutiles de l’Etat renâclent. Ils disent vouloir de la « visibilité », cela veut dire de gros « projets » donnant lieu à de bonnes commissions, à des « inaugurations » bien télévisées et à la création d’emplois fictifs pour les proches et les amis. C’est pourquoi, dans les salons huppés de Nouakchott, on rechigne un peu devant ces audaces présidentielles.

 

Qu’importe, le Président Ghazouani semble vouloir aller plus loin. C’est à l’esprit, à la philosophie des vieilles classes dirigeantes qu’il s’en prend maintenant. A Ouadane, il a dénoncé toutes ces billevesées antiques qui condamnent le petit peuple, qui font mépriser le travail, qui catégorisent les individus à la naissance et qui font que certains se croient naturellement supérieurs. Les consciences arriérées, les féodalités de l’esprit se sont tues, mais elles se savent concernées. Le Président de l’Assemblée Nationale a repris devant les élus de la nation réunis, le même discours. Il est donc clair qu’il s’agit là d’une orientation profonde de l’ensemble de l’appareil étatique. En langage politique cela s’appelle révolution aussi.

La grande question aujourd’hui est de savoir si la société civile, les partis et tendances politiques sauront saisir au bond ce parti-pris politique et l’accompagner avec ardeur. Trop empêtrés dans des considérations électoralistes, englués dans une phraséologie désuète dont ils ne savent se défaire, prisonniers d’ambitions personnelles, il n’est pas certain qu’ils pourront apporter une pierre à cet édifice. Soit ! Il est clair que le Président Ghazouani s’est tracé une voie. Ceux qui ont tout intérêt à le suivre, cela veut dire l’immense majorité des mauritaniens, le soutiendront fortement. Les autres…

 

                                                                                       Mbarek Beyrouk

 




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